mercredi 19 avril 2017

Victorian Fantasy (Georgia Caldera)

Tome 2 : De Velours et d'Acier

Dans les Bas-fonds de Néo-Londonia, Léopoldine se bat depuis des années pour survivre. Lorsque le groupe auquel elle appartient maltraite un enfant, elle décide de se rebeller, quitte à affronter la colère de la Guilde des Voleurs. Dorénavant, elle ne laissera plus rien ni personne lui barrer la route.

Augustin, lui, a toujours mené une existence fastueuse et insouciante, résigné à subir en parallèle l’écrasante emprise de sa mère, la Reine Victoria au règne sans fin. Mais il tombe de haut quand, pour la première fois, il refuse de se conformer à ses plans aussi tortueux que mystérieux. Car, s’il est un prince dont la fonction n’est que titre, c’est lui. Le jeune homme devra résister et fuir pour s’affranchir du joug de la souveraine et embrasser sa destinée.

Une rencontre qui pourrait bien tout bouleverser… mais la liberté ne s’obtient jamais sans sacrifice.

Pour ceux qui me suivent depuis quelques temps, vous savez que j’ai découvert Georgia Caldera et ses bouquins à tendance addictive il y a environ un an. Depuis, je me plonge régulièrement dans ses histoires, mais c’était la première fois que j’essayais un roman de sa plume dans un autre genre que la romance contemporaine, et le dépaysement a été certain !

Dans De Velours et d’Acier, nous rencontrons Augustin et Léopoldine, qui vivent dans deux sphères différentes d’une même société. Lui est Prince de Néo-Londonia, fils de la Reine Éternelle, et connu pour ses frasques avec les femmes. Elle cache sa véritable identité sous l’apparence d’un homme, et tâche de survivre dans une bande de voleurs plutôt bien organisée. Jusqu’au jour où tout bascule pour Augustin, et où sa route croise celle de Léo, rompant tous les repères de la jeune femme.

Alors il faut savoir que je n’ai pas lu le tome 1 de Victorian Fantasy. Je pense remédier à cela dans l’année, mais comme on m’avait assuré que la suite pouvait se lire sans, je n’ai pas trop hésité !

Lorsque j’ai commencé ce tome 2, j’avoue avoir été déconcertée. Georgia Caldera nous plonge d’emblée dans un univers plutôt obscur, auprès de personnages qui ne vivent décidément pas un conte de fées. C’était relativement oppressant, et quand vous lisez maximum une demi-heure par jour, j’avoue avoir laissé le scepticisme me contaminer. D’autant plus que les débuts d’Augustin sont relativement noirs, inexpliqués et plus que légèrement flippants et sanglants. Parfait pour moi, non ?

Pourtant, j’ai décidé de continuer, parce qu’il y avait ce petit truc qui me faisait dire que d’autres choses pouvaient nous attendre ensuite. Je n’ai pas eu tort ! Si le début a été difficile, pour démêler les ficelles de la compréhension, j’ai vite apprécié les caractères des deux personnages principaux. Augustin aurait tout pour se faire détester, vu son passé et ses habitudes, pourtant, quand on apprend à le connaître et qu’on le voit évoluer, on peut difficilement lui épargner notre sympathie et soutien. Quant à Léopoldine, son caractère bien trempé et son franc-parler font d’elle une femme forte qu’on a tendance à bien apprécier aussi. Même si parfois elle a ses faiblesses et qu’elle peut nous énerver, de fait ! Tous les deux, d’ailleurs, peuvent soulever des agacements certains chez le lecteur. Pour autant, leur duo est… addictif.

Là, nous en arrivons à l’habituel pour Georgia Caldera, si je puis me permettre. Parce que ses romans finissent toujours par choper le lecteur avec la romance qu’ils contiennent, j’ai l’impression ! Celui ou celle qui met le nez dedans se laisse entraîner dans les rouages de ces micmacs amoureux qui sont assez fascinants, même si trop développés encore pour les scènes explicites… (ceci dit, je dois soulever ce point à chaque romance que je dévore, donc…) Les réticences et désirs de chacun, souvent tus, mal interprétés, nous entraînent dans une valse qui n’a pas fini de vous accrocher !

Pour autant, il n’y a pas que la romance. Il y a aussi le côté imaginaire de ce monde et de ces capacités pour le moins déroutantes. Entre Léo et son passé, son don actuel, et tout ce qui se révèle sur Augustin… j’avoue que nous ne sommes pas en reste. C’est parfois tellement poussé que je me suis demandé comment l’auteur pouvait faire pour imaginer tout ça ! (promis, je n’ai même pas pensé à la tisane un peu hallucinogène ! Sinon, clairement, je pourrais dire que j’en bois aussi…)

En plus, pour ceux qui apprécient les univers étoffés, l’intrigue joue aussi sur le plan politique et social. Augustin et Léopoldine sont amenés à accomplir des choses à une échelle plus importante, et le décalage entre leurs positions de classe à la base permet de faire des comparaisons pour le moins intéressantes et utiles ! Oui, j’ai bien apprécié ce point, sans compter que Léopoldine suit ce qu’elle croit être juste, parfois à son propre détriment. Ça fait réfléchir, aussi !

Concernant le rythme, il est bon, même si le début peut paraître lent à ceux qui ne comprennent pas tout immédiatement (comme moi). Il faut (un tout petit peu) s’accrocher, pour ensuite se laisser emporter dans un roman qui n’a plus de temps mort, sautant d’un point à l’autre, entre la romance, la survie et tous les fils emmêlés à la pelote de laine, une fois le bolide lancé, rien ne peut l’arrêter ! Et la fin semble presque trop rapide après ce long déroulé, c’est vrai. Pour autant, elle me convient et je pense que d’autres songeront comme moi, tout en espérant une suite, parce que certains problèmes sont irrésolus actuellement !

Au niveau des valeurs, si les scènes violentes et sanglantes m’ont rebutée et que l’érotisme me dérange encore, je dois avouer que cette histoire véhicule de belles choses. D’abord, qu’une personne ne se résume pas à son passé, à ce qu’elle a pu faire jusqu’à présent, et qu’elle peut changer si elle le désire vraiment. Ensuite, que l’amour ne se commande pas et que ne pas écouter son cœur est douloureux… et qu’enfin, chacun a un rôle à jouer à différentes échelles dans notre monde. Que ce soit en fiction ou ici, dans la vie réelle, nous avons tous notre poids, notre croix à porter (pardon pour l’image, mais Pâques n’est pas loin !), et si nous l’acceptons, si nous acceptons d’œuvrer aussi pour les autres, nous pouvons changer le monde en mieux. Ça, c’est grave la classe !

En conclusion, De Velours et d’Acier aura été une chouette lecture pour moi. Si j’ai peiné sur le départ avec des moments noirs, un contexte sombre et des choses que je ne comprenais pas forcément immédiatement, je me suis laissé ensuite embarquer avec facilité. J’avais du mal à lâcher à la fin de mes 30 min imposées pour le Carême ! Georgia Caldera sait encore manipuler les ficelles pour rendre le tout addictif, avec une jolie plume vivante et sensible. De quoi remuer le lecteur ! Entre une romance prenante, un imaginaire surprenant et une intrigue étoffée à plusieurs facettes, il n’y a pas de quoi s’ennuyer !
Ce sera donc un 17/20 pour moi et je vous le recommande !

vendredi 24 mars 2017

The Witchlands (Susan Dennard)

Book 1 : Truthwitch

On a continent ruled by three empires, some are born with a “witchery”, a magical skill that sets them apart from others.

In the Witchlands, there are almost as many types of magic as there are ways to get in trouble—as two desperate young women know all too well.

Safiya is a Truthwitch, able to discern truth from lie. It’s a powerful magic that many would kill to have on their side, especially amongst the nobility to which Safi was born. So Safi must keep her gift hidden, lest she be used as a pawn in the struggle between empires.

Iseult, a Threadwitch, can see the invisible ties that bind and entangle the lives around her—but she cannot see the bonds that touch her own heart. Her unlikely friendship with Safi has taken her from life as an outcast into one of reckless adventure, where she is a cool, wary balance to Safi’s hotheaded impulsiveness.

Safi and Iseult just want to be free to live their own lives, but war is coming to the Witchlands. With the help of the cunning Prince Merik (a Windwitch and ship’s captain) and the hindrance of a Bloodwitch bent on revenge, the friends must fight emperors, princes, and mercenaries alike, who will stop at nothing to get their hands on a Truthwitch.

Truthwitch traînait depuis plusieurs mois dans ma PAL (comme beaucoup), lorsque j’ai décidé de l’en sortir. J’étais curieuse de découvrir son univers, et j’en ressors plutôt satisfaite et emballée, même !

Le premier tome de Witchland nous emporte auprès de Safiya et Iseult, deux jeunes femmes qui vivent un peu de manière clandestine, et possèdent chacune un don de sorcellerie différent. Safiya possède la capacité de discerner avec sa magie la vérité du mensonge, et Iseult peut voir les émotions de ses pairs, en plus des liens qui se tissent parfois entre eux. Safiya tient sa magie secrète, puisqu’elle pourrait être utilisée dans des conflits politiques. Mais voilà qu’une suite d’évènements va les pousser à se battre, à se dévoiler, parfois, pour survivre et simplement assurer leur liberté. Y parviendront-elles réellement ?

Je réalise actuellement que l’intrigue de ce premier roman est assez riche et complexe. Pas complexe dans le sens où on ne comprend rien, mais dans celui où beaucoup de choses se déroulent et qu’un simple paragraphe ne peut nullement résumer tout ce qu’il s’y passe. De fait, c’est vraiment dense, sans impression de pesanteur, mais prenant et original !

Bien sûr, il s’agit d’un roman de fantasy assez classique, une course-poursuite, des découvertes et révélations au fur et à mesure… pourtant, je trouve que Susan Dennard a réussi à créer un univers relativement intéressant, avec des personnages charismatiques et des aspects qui ne recouvrent pas seulement nos deux héroïnes, et la magie, mais des dimensions économiques et politiques, par exemple. Le tout, de façon relativement accessible !

Bon, j’avoue, j’ai eu du mal à tout comprendre au tout début : je percutais mal quelle était la véritable magie d’Iseult, et le vocabulaire m’apparaissait vraiment spécifique. À ne lire que 30 minutes par jour, c’était peu évident ! Rapidement, toutefois, j’ai plongé dans l’histoire, et quand tout a commencé à se compliquer pour Safiya et Iseult, je voulais savoir comment elles allaient s’en sortir.

Les deux jeunes femmes ont des caractères différents, mais tout aussi attachants. Safiya est plus emportée, mais elle semble rompue aux jeux de rôles, à s’adapter au dernier moment, et c’est une vaillante combattante. Elle se bat pour vivre sa vie comme elle l’entend, et on la comprend. Iseult, quant à elle, est plus réfléchie. C’est elle qui sait planifier, faire des stratégies, même si elle possède elle aussi ses lacunes. J’ai beaucoup apprécié sa ténacité et sa force face à tout ce qui se passe, tout comme Safiya, même si elles ne réagissent pas de la même manière. Leur amitié est vraiment belle.

D’autres personnages secondaires s’ajoutent et forment une toile sympathique pour l’intrigue. Entre le Bloodwitch, Evrane, le prince, et tant d’autres, chacun apporte une petite étincelle qu’il est appréciable de suivre tout au long du roman. D’autant que pas un n’est inutile ! Ils ne servent pas de décoration, et même pour certains, ils servent une possible romance qui n’a pas laissé mon cœur de fleur bleue insensible… (é-vi-dem-ment, me direz-vous !)

Concernant l’aspect magique, je reste fascinée par tout ce qui est déployé. Truthwitch, Threadwitch, Bloodwitch, Firewitch… et tant d’autres ! Les possibilités sont multiples et on en apprend si peu, mais pourtant déjà beaucoup, dans ce premier tome ! Assez pour me donner envie d’en savoir plus et de voir tout ceci développé dans les tomes suivants ! Parce qu’au final, l’ensemble magique semble se réveiller, dans ce début. Le reste promet donc des surprises que je serais curieuse de lire, véritablement !

L’intrigue, quant à elle, nous laisse sur notre faim : comment les filles vont-elles être réunies ? (entre autres) Qu’est-ce que Safiya va être amenée à faire ? Et l’histoire d’amour ? Bref, ceci n’est qu’un léger échantillon des questions qu’on peut se poser concernant la suite qui nous attend. Les aspects politiques et commerciaux m’intéressent aussi… tout devient captivant !

Au niveau de la plume de Susan Dennard, je crois ne pas avoir grand-chose à en dire : je me suis laissée transporter, observant les paysages comme si j’y étais. En gros, j’ai fini par oublier que je lisais, ce qui est l’objectif principal du romancier pour son lecteur ! C’était fluide et agréable.

Concernant les valeurs, il y a bien sûr l’amitié qui passe en premier plan : Iseult et Safiya sont liées à la vie à la mort, et l’une ferait n’importe quoi pour l’autre (et réciproquement). Une si forte amitié est très belle, sincèrement. Ensuite, on trouve le sens d’une vie : se donner pour les autres. Agir non pour soi, mais pour faire le bien. De même, on voit l’impact que produit la confiance de quelqu’un pour une autre personne. Elle permet d’avancer, même si on ne la réalise que sur le tard. J’aime beaucoup ce message : cela prouve que même si on a de la peine à croire en nous, la confiance que nous porte notre entourage peut nous donner des ailes. Et il y a encore plein d’autres éléments, faites-moi confiance !

En conclusion, Truthwitch a été une super découverte pour moi. J’ai beaucoup apprécié Iseult et Safiya, qui sont totalement différentes mais complémentaires. La magie qui est présentée dans ce premier opus est fascinante, et m’intrigue beaucoup. C’est original et avec l’intrigue poussée et entraînante que nous rencontrons, c’est juste parfait pour ne plus lâcher le roman. Si on rajoute un soupçon de romance et des batailles, des moments plus difficiles émotionnellement parlant, et plein de choses… enfin, vous voyez, quoi ! C’est juste un excellent premier tome dont j’ai vraiment envie de découvrir la suite !
Ce sera donc un 18/20 pour moi et je vous le recommande !

mardi 14 mars 2017

Les Salauds Gentilshommes (Scott Lynch)

Tome 1 : Les Mensonges de Locke Lamora

On l'appelle la Ronce de Camorr. Un bretteur invincible, un maître voleur. La moitié de la ville le prend pour le héros des miséreux. L'autre moitié pense qu'il n'est qu'un mythe. Les deux moitiés n'ont pas tort. En effet, de corpulence modeste et sachant à peine manier l'épée, Locke Lamora est, à son grand dam, la fameuse Ronce. Les rumeurs sur ses exploits sont en fait des escroqueries de la pire espèce, et lorsque Locke vole aux riches, les pauvres n'en voient pas le moindre sou. Il garde tous ses gains pour lui et sa bande : les Salauds Gentilshommes. Mais voilà qu'une mystérieuse menace plane sur l'ancienne cité de Camorr. Une guerre clandestine risque de ravager les bas-fonds. Pris dans un jeu meurtrier, Locke et ses amis verront leur ruse et leur loyauté mises à rude épreuve. Rester en vie serait déjà une victoire...

J’avoue que cela faisait un bon moment que je souhaitais essayer cette série, qui m’apparaissait pleine de cet esprit que j’aime tant dans les romans de cape et d’épée. Ce n’est pas tout à fait ce que j’ai trouvé, mais la surprise reste bonne !

Locke Lamora fait partie depuis ses huit ans des « Salauds Gentilshommes », une fine équipe formée pour voler, mais voler avec art. Dans un monde corrompu et aux mœurs difficiles voire violentes, Locke et ses amis jonglent avec les règles pour détrousser les riches, sans pour autant remettre leur butin aux pauvres. Mais voilà qu’un nouveau venu dans la cité va totalement remettre en cause le jeu qu’ils connaissaient si bien, et nos amis vont devoir redoubler d’ingéniosité pour passer au travers des mailles d’un filet bien acéré…

Il est à la vérité bien difficile de vous faire un réel résumé de tout ce qui passe dans ce premier tome. J’ai plusieurs fois eu l’impression de me trouver dans une histoire qui s’apparentait à une poupée russe : à chaque fois que quelque chose se passait, c’était pour laisser éclore autre chose. Ça vous donne une intrigue assez folle, avec des dangers partout et insoupçonnés, et mettant largement à l’épreuve des héros qui possèdent heureusement une bonne dose de ressource !

Nous faisons la rencontre de Locke Lamora, dont l’ego est légèrement surdimensionné, bien qu’il ait connaissance de ses faiblesses. C’est un homme qui possède un esprit retors et carrément ingénieux, bien qu’un peu dingue, il est vrai. En même temps, toute la ligue qui compose les Salauds Gentilshommes se présente comme dingue, à commencer par Galdo et Calo, les jumeaux aux multiples talents et à la langue bien pendue. Moucheron, lui aussi, n’est pas en reste, et possède quelques atouts dans sa manche pour apporter quelque chose au groupe. Sans compter Jean, qui représente la force brute du groupe, bien qu’il possède aussi un cerveau, ce dont la plupart des mastodontes ne peuvent se targuer dans la plupart des histoires que j’ai pu lire.

Voici donc le noyau de base de notre histoire, qui se voit encore complétée par de nombreux personnages qu’il est assez facile de reconnaître dans l’histoire. À aucun moment, je ne me suis sentie perdue dans le bouquin, et ça, c’est un gros plus, parce que c’est souvent la tendance dans les romans de fantasy. Ça n’a pas du tout été le cas avec cet univers, qui se présente comme véritablement atypique.

En parlant de ça, le tout est très bien construit. Scott Lynch s’accorde souvent des interludes ou des pauses descriptives afin de plonger son lecteur dans l’univers si riche et complexe qu’il a glissé sous sa plume. Camorr est définitivement un monde dangereux mais fascinant de bien des façons par les mœurs qui la gouvernent, toutefois aussi par les éléments typiquement fantastiques qu’on y trouve. Parfois même, puisque j’avais peu de temps pour lire en journée, je me demandais quand nous allions retourner à l’action, parce que les explications devenaient un tantinet trop longues.

Si l’univers est très bien construit, il est le théâtre d’une intrigue qui ne l’est pas moins. J’ai parlé de poupées russes, et j’avoue que plusieurs fois on se demande comment le tout va se terminer et dans l’instant, comment Locke va se sortir de ce faux-pas dans lequel il est entraîné. Ce qui est appréciable, c’est que l’intrigue prend en compte non seulement les héros, mais aussi des aspects plus politiques et économiques ou religieux et que Scott Lynch réussit à faire jouer ses personnages sur tous les tableaux. Le tout devient recherché, posé et assez haletant, parce que les scènes de confrontation et d’action sont prenantes.

Malgré tout ceci, j’avoue que la violence m’aura rebutée. C’est un monde très sombre malgré les faces de lumière que nous pouvons rencontrer et malgré les réguliers éclats de rire que nous pouvons avoir dans les dialogues. C’est sanguinaire, et la place de la vengeance létale est relativement importante. Plusieurs fois, j’ai préféré sauter des lignes afin de ne pas accéder à trop de détails dans les moments critiques. Je dirais que cela fait partie de l’univers aussi, mais je n’aurais pas dit non à moins d’éléments !

Concernant la plume de Scott Lynch, je dois admettre que j’ai bien apprécié, parce qu’il n’est pas tout à fait un narrateur extérieur à l’histoire. Il prend parfois partie pour ses héros, et cela ne passe pas inaperçu. Le récit est loin d’être lisse, et de fait, cela entraîne le lecteur dans une valse d’autant plus prenante avec les personnages. J’aime beaucoup, parce que cela n’est pas dénué d’humour et de petites piques.

Au niveau des valeurs, comme je viens de le dire, la vengeance sanguinaire est bien présente. Locke et ses amis sont des voleurs, et ils orientent leur vie autour de cet art. Pourtant, on observe quelques éclats plus nobles et lumineux : la puissance de l’amitié dans le groupe des Salauds Gentilshommes, par exemple. Je pense que c’est un bouquin assez sombre qui laisse passer quelques rayons de lumière et nous invite à prendre conscience qu’en chacun de nous se situe les choix de nos vies. Parce que ce premier tome nous invite à réaliser que parfois, nos situations sont le fruit aussi d’injustices ou de choix réalisés bien plus en avant, parfois des siècles avant nous, et que nous ne remettons jamais cela en cause. Par contre, cela nous apprend que nous devons nous construire par rapport à cela, et que les chemins sont bien différents. Il y a matière à réflexion, c’est sûr !

En fin de compte, Les Mensonges de Locke Lamora aura été une lecture intéressante. Plus violente et sombre que ce à quoi je m’étais attendue, il reste un premier tome fascinant, avec des personnages qui ont tout de charismatique. L’intrigue se noue et se dénoue de façon surprenante, laissant le lecteur en haleine régulièrement, au milieu de précisions vraiment riches sur l’ensemble de l’univers que Scott Lynch a imaginé. La plume est entraînante, elle sort des sentiers battus et inclut des prises de partie pour les personnages parfois assez sarcastiques, et c’est amusant. On rit, on reste cramponné au livre, on réfléchit, on se laisse surprendre… Les Salauds Gentilshommes 1 aura de quoi accrocher encore plusieurs lecteurs ! J’espère que la suite sera intéressante aussi, puisque j’ai les tomes 2 et 3 dans ma PAL !
Ce sera donc un 16/20 pour moi !