lundi 5 décembre 2016

Une Parisienne au bout du Monde (Aëla Liper)

Florence, une parisienne de presque trente ans, a tout pour être heureuse : un job de rêve, un homme séduisant à ses côtés (qui fait baver de jalousie ses copines), une bande d’amis sur qui elle peut compter (surpassant de loin celle de Friends), une famille aimante, etc. Bref, sur le papier, aucune ombre au tableau. Sur le papier, seulement. Florence n’est pas heureuse. Un jour sans prévenir personne, elle quitte tout sur un coup de tête, y compris la capitale. Elle part s’installer au fin fond de la Bretagne où elle découvre une culture et des bretons tout aussi atypiques qu’attachants. Finalement, tout recommencer n’est peut-être pas aussi compliqué qu’elle ne l’aurait cru.

Banzaï ! C’est parti pour une chronique que je laisse traîner depuis quelques jours, alors que j’ai définitivement apprécié ma lecture !

Florence est une femme qui décide un jour d’abandonner compagnon, travail et tout ce qui compose sa vie actuelle, pour retrouver le bonheur… à Brest ! Sans rien dire à personne, elle va filer et essayer de se reconstruire, en s’écoutant, en faisant de nouvelles expériences et peut-être aussi en faisant de charmantes rencontres…

Oui, ce résumé est très court, mais la quatrième de couverture en disait déjà pas mal ! Puis, il faut quand même que je vous préserve le suspens de cette jolie petite lecture bien sympathique, que j’étais quasiment sûre d’apprécier, vu que je commence à connaître le style d’Aëla !

Quand on commence le roman, on tombe sur une narration style journal intime : l’auteur jongle entre le temps présent et le temps passé pour que l’on puisse se faire une idée assez précise de ce qui se passe actuellement. De plus, elle nous offre d’emblée plusieurs détails qu’on pourrait penser inutiles, mais qui nous rapprochent au contraire de Florence, cette héroïne qui nous ressemble tant !

Parlons donc de cette Flo, d’ailleurs. Au début du roman, elle incarne un peu la Parisienne gentille mais qui se fait une idée de pas mal de choses. Un peu comme nous toutes, en fait, que nous venions d’un endroit ou d’un autre ! Ses doutes et questionnements sont un peu ceux que je pourrais avoir dans pareilles situations, donc j’ai trouvé très plaisant de pouvoir rencontrer un personnage qui se rapproche de nous à ce point ! Pour autant, Flo a un caractère bien trempé et elle suit ses décisions sans flancher, assumant ses bourdes, et fonçant quand elle décide d’écouter son cœur. C’est une femme qui a conscience de ses défauts et sait en rire, aussi !

Son nouveau quotidien va à la fois être intriguant et assez « normal », si on veut. Elle occupe un nouveau poste, apprend de nouvelles choses, découvre ses collègues… et côtoie de beaux mâles, ce qu’elle n’avait pas du tout prévu ! Et tous ont tendance à la faire réagir de différentes façons : de l’exaspération à l’attendrissement, la palette est assez développée et là aussi, je pense que nous sommes beaucoup à nous retrouver.
Quant aux personnages secondaires, d’ailleurs, que je n’ai pas encore abordés, ils sont assez uniques et forment un bel entourage hétéroclite et sympathique, en passant du collègue un peu maladroit à celle qui te court sur le haricot pour avoir ses documents tel jour à telle heure… j’ai souvent ri, avec leurs échanges !

Revenons donc à l’intrigue amoureuse… parce qu’on se doute bien qu’il y en a une, quand même ! J’avoue ne pas avoir forcément appuyé les choix de Florence. J’ai assez souvent très vite mon idée sur le potentiel chéri qui conviendrait, et quand le personnage n’y va pas directement, ça a tendance à coincer. Pour autant, Aëla Liper a réussi à présenter son histoire de façon à ce qu’on ne juge pas son héroïne, qu’on suive les méandres de sa nouvelle vie avec empathie, même ! En plus de ça, elle réussit parfaitement à maintenir un suspens de rigueur, j’aime beaucoup !

Autre point qu’on pourrait soulever : c’est la découverte de la culture Bretonne. Surtout, la langue, les paysages et les petits plats qu’on y trouve ! Pour qui n’y est jamais allé, c’est plutôt dépaysant, et pour qui y est allé, ça rappelle de bons souvenirs et ça donne envie d’y aller de toute façon ! J’ai en tout cas beaucoup rigolé avec les expressions patoises, les situations assez cocasses dans lesquelles Florence pouvait se mettre à cause d’elles ! Ah, et puis on pourrait parler du chocolat, aussi… toujours présent dans les romans de notre chère auteur ! Les gourmandises sont un petit trait habituel qu’on prend désormais plaisir à retrouver entre ses pages.

La plume d’Aëla a évolué depuis les premiers romans que j’ai pu lire d’elle. Le tout s’affirme, elle nous offre des pensées totalement vraies et c’est comme si elle était vraiment dans la tête de son héroïne, à vivre tout avec elle. Ça offre un réalisme assez calme et qui nous rapproche vraiment ! On s’y croirait, et on s’attache au contexte, à Florence, et on prend toujours plus de plaisir à la suivre. Bref, c’est une plume fraîche, qui se laisse porter par mille et un détails (que certains n’apprécieront peut-être pas, mais qui ajoute un certain charme au bouquin pour moi) et qui a le don de nous faire sourire à plusieurs coins de chapitres !

Au niveau des valeurs, le premier point que je tire est celui de suivre son cœur. Même s’il s’agit de tout abandonner, en quittant des choses qu’on apprécie pourtant, suivre son cœur et sa conscience nous amène à une meilleure vie. On peut aussi parler de la chance qu’on offre aux autres de nous surprendre, l’ouverture à d’autres cultures (souvent même au sein d’un même pays !)… et le respect de soi, aussi. En quittant son ancienne vie, Florence met au placard la fille qui accepte de se laisser bouffer par le boulot et par son compagnon qui la trompe. Et ça, c’est beau !

En conclusion, Une Parisienne au bout du Monde a été une lecture fraîche et sympathique, parfaite à dévorer au chaud sous un plaid (ce que je ne me suis pas gênée de faire, entre nous soit dit). Florence est une héroïne imparfaite, réaliste, mais qui évolue et à laquelle on s’attache facilement parce qu’elle est proche de nous de bien des manières, notamment dans sa façon de penser ou dans ses petits « travers ». L’intrigue amoureuse nous saisit, et même si je n’ai pas forcément été d’accord avec les choix de l’héroïne, cela ne m’a pas empêchée de la suivre jusqu’au bout avec plaisir ! En plus, le voyage en Bretagne par les descriptions m’aura charmée !
Ce sera donc un 16/20 pour moi et je vous le recommande, évidemment !

vendredi 2 décembre 2016

Bilan Novembre 2016



Lectures :

http://leden-des-reves.blogspot.fr/2016/12/une-chanson-pour-ada-barbara-mutch.htmlhttp://leden-des-reves.blogspot.fr/2014/02/zephyr-nathalie-chapouille.htmlhttp://leden-des-reves.blogspot.fr/2016/11/pieges-christy-saubesty.htmlhttp://leden-des-reves.blogspot.fr/2016/04/lepouvanteur-joseph-delaney.htmlhttp://leden-des-reves.blogspot.fr/2015/11/les-enfants-de-la-nuit-selyne.htmlhttp://leden-des-reves.blogspot.fr/2016/11/gwyneira-mckenzie-sarah-lark.htmlhttp://leden-des-reves.blogspot.fr/2016/11/elle-sappelait-cassiopee-madeleine.htmlhttp://leden-des-reves.blogspot.fr/2016/05/hors-de-question-georgia-caldera.htmlhttp://leden-des-reves.blogspot.fr/2016/11/le-premier-miracle-gilles-legardinier.htmlhttp://leden-des-reves.blogspot.fr/2014/11/les-elus-ines-lb.html


Acquisitions :



Emprunts :
 


Coup(s) de cœur :

aucun !

Découverte(s) :



Déception(s) :

aucune, olé !

Lecture(s) avortée(s) :

non plus !

Question(s) Existentielle(s) :

http://leden-des-reves.blogspot.fr/2016/11/la-question-existentielle-de-cha-n25.html



Une Chanson pour Ada (Barbara Mutch)

Ada naît dans les années 1930 à Cradock House, demeure de la famille Harrington. Fille illégitime de la domestique noire, elle grandit aux côtés des deux enfants du couple. Elle ne va pas à l'école, mais Cathleen Harrington, la maîtresse de maison, lui apprend à lire. Remarquant son intérêt pour la musique, cette dernière entreprend de lui enseigner le piano, en dépit des réserves de son entourage. Ada a beau s'avérer une élève assidue et une pianiste très douée, ses perspectives d'avenir semblent cependant bien limitées dans un pays où la situation entre Blancs et Noirs se durcit de plus en plus. L'année de ses dix-huit ans, alors que la politique de l'apartheid est mise en place sur l'ensemble du territoire, Ada est violée par Mr Harrington. Enceinte, elle se réfugie chez sa tante, dans un township. Son talent pour la musique et l'amitié qu'elle partage avec Mrs Harrington vont se révéler ses meilleurs alliés dans un monde où, mère d'une enfant métisse, elle n'a nulle part sa place.

Bon, avant que je ne sois encore plus en retard dans mes chroniques, il est temps de me pencher sur une jolie découverte !

Une chanson pour Ada est l’histoire d’Ada (on s’en doutera), une enfant née à Cradock House, en Afrique du Sud. Avec sa mère, elles servent les maîtres de la maison, qui les considèrent pourtant en majorité comme des membres de la famille. Pour autant, la différence entre Noirs et Blancs est déjà là, et même si Ada veut croire de toutes ses forces que cela n’aura pas d’impact dans ses relations avec eux, elle se rendra compte au fil des années qu’il en est tout autrement… Mais l’amour, l’amitié et l’espoir sont permis. Alors que l’apartheid prend corps, c’est l’histoire d’une fillette, puis femme, qui aime intensément la musique et ses proches, que nous allons découvrir.

Volontairement, mon résumé en dit beaucoup moins que la quatrième de couverture. La raison en est simple : je me suis spoilée toute seule l’histoire en relisant ces mots, alors que j’avais dépassé les 100 pages dans le roman. Un résumé qui en dit plus qu’après ce stade en dit trop pour moi, même si l’histoire d’Ada est en effet bien plus complexe que cela. Bref.

Le roman m’avait intriguée par sa belle couverture et par la promesse de la découverte d’un pays que je ne connais que très peu. L’Afrique du Sud est une contrée dont j’ai entendu parler un peu en cours, un peu grâce à Nelson Mandela, comme beaucoup d’entre nous. Sinon, c’est un peu le vide, et comme je suis curieuse, j’ai voulu essayer. Grand bien m’en a pris, parce que ce bouquin est une perle, avec une histoire peu évidente mais très entraînante à sa manière !

Lorsque le récit commence, Ada est toute jeune, et comme c’est elle la narratrice, les phrases sont simples, les incompréhensions parfois nombreuses, et cela évolue au fil des pages. On remarque toujours que cette enfant est un peu… inconsciente, quelque part, et c’est normal : c’est le manque d’éducation qui se fait sentir. Pour autant, Ada a une grande connaissance du cœur, et elle est très observatrice, très humble… c’est un personnage d’une grande richesse et d’une grande humanité que l’on apprécie beaucoup de suivre.

On se lie vite avec tout l’entourage de notre héroïne : Madame Harrington, Mr Phil, la mère d’Ada, Lindiwe quand elle survient… beaucoup évoluent autour d’elle, en fonction de ses périodes de sa vie. Attention, tous n’attirent pas forcément notre sympathie, comme Monsieur Harrington, toujours distant, ou Miss Rose. J’ai eu du mal avec la tante d’Ada, aussi. La mosaïque des caractères présentée est très riche et très variée, exactement comme les fresques humaines que nous formons tous les jours, avec cependant des contextes radicalement différents.

L’histoire d’Ada est compliquée : elle mêle un désir d’appartenance fort avec des gens qui n’ont pas la même couleur de peau, mais qui parfois partagent ses sentiments et essaient de faire d’elle un membre à part entière de leur cercle. Ada va néanmoins vivre des évènements particulièrement difficiles, tout en assumant la charge que cela impose. On ne peut que l’admirer et rester rivé au bouquin, alors qu’au fond de nous, l’empathie est là, et qu’on ne peut rester indifférent à ce qui se produit pour elle.

Avec ce roman, le dépaysement est total. Les impressions par rapport au climat, aux conditions de vie, aux échos historiques dans d’autres parties du monde… c’est vraiment comme si le lecteur était en Afrique du Sud et observait avec Ada ce monde si étrange qui change d’un seul coup, prend une direction inattendue. Avec nos repères européens, on apprend à lire tout ceci avec un autre recul, à voir les choses autrement, et j’apprécie beaucoup le changement de perspective. Sans compter que les descriptions des lieux m’ont donné l’impression d’y être !

On sent réellement un travail de recherche et de composition de la part de l’auteur : elle le précise d’ailleurs à la fin de son roman, dans les remerciements. Chaque détail semble pensé, peaufiné, pour assurer un voyage en douceur mais avec de solides bases au lecteur. Sans parler de la musique ! Soyons clairs, je déteste le classique, mais j’aime le piano et voir toutes ces références aux morceaux de divers compositeurs m’a beaucoup plu. Cela offrait aussi une autre dimension riche et originale à ce bouquin déjà bien dense.

Au niveau de la plume, Barbara Mutch a su offrir à son lectorat une plume évolutive. Elle a fait d’Ada sa narratrice, depuis sa plus tendre enfance jusqu’à la fin de sa vie. À chaque page, le style reste le même, en s’imprégnant des leçons apprises. Les phrases deviennent plus affirmées, les doutes ou les certitudes s’installent… cette plume est assez impressionnante, en fait. Très douce et envoûtante, je suis assez charmée !

Quant aux valeurs, je pense qu’on peut en dire beaucoup. La première est cette notion de différences entre Noirs et Blancs, qui nous paraît incongrue, violente et contre laquelle nous avons envie de nous soulever. La notion de justice apparaît clairement, d’égalité, de fraternité et surtout d’humanité. Ada est souvent obligée de choisir son camp, et c’est celui de l’amour qu’elle prend. L’amour de sa fille, de ses proches, notamment. On apprend le pouvoir des idées, le pouvoir de la musique, en bref, le pouvoir de chacun. L’amour est présent, l’espoir aussi, et c’est ce qui fait de ce roman un beau rayon de soleil malgré les épreuves auxquelles nous assistons.

En conclusion, Une chanson pour Ada est un superbe roman qui m’aura transportée en Afrique du Sud, auprès d’une femme qui aura vécu une vie parfois difficile, mais qui a aimé et espéré toute sa vie. Le contexte culturel et géographique est fascinant, Ada est une héroïne forte et pourtant avec des défauts, humaine, en somme, que beaucoup devraient apprécier. Elle m’a en tout cas beaucoup touchée, et j’ai passé un excellent moment de lecture en sa compagnie ! Les valeurs véhiculées sont belles…
Enfin bref, je vous le conseille largement et ce sera un 18/20 pour moi !