samedi 27 août 2016

La femme au miroir (Eric-Emmanuel Schmitt)

Anne vit à Bruges au temps de la Renaissance, Hanna dans la Vienne impériale de Sigmund Freud, Anny à Hollywood de nos jours. Toutes les trois se sentent différentes de leurs contemporaines ; refusant le rôle que leur imposent les hommes, elles cherchent à se rendre maîtresses de leur destin. Trois époques. Trois femmes : et si c'était la même ?

Ça faisait un bon moment que je souhaitais lire un roman d’Eric-Emmanuel Schmitt, puisque j’avais eu l’occasion de le lire un petit peu dans un des recueils de nouvelles des Restos du Cœur. Cette première expérience a juste été extra !

La femme au miroir jongle entre trois femmes qui existent à différentes époques : Anne à la Renaissance, Hanna au début du vingtième siècle et Anny de nos jours. Chacune mène une vie qui ne lui convient pas, jouant un rôle, se cherchant et essayant de parvenir à trouver sa voie parmi les nombreuses voix qui les entourent. Et si elles n’étaient pas comme les autres ? Et si elles étaient liées ?

J’avoue avoir été très vite prise dans l’histoire et avoir apprécié de suivre les trois femmes, sans préférence, même si la vie d’Anny était beaucoup plus… choquante, je crois. Elle part beaucoup plus dans les excès, sauf qu’on voit très rapidement que c’est une fuite, et par conséquent, on analyse plus qu’on ne critique. Non, vraiment, c’est rare, mais j’ai franchement aimé suivre ces trois femmes (ou la même, mais à différentes époques ?) et contempler leur chemin, les virages et les prises de conscience qui les ont jalonnées.

Ce roman est une véritable plongée dans des époques totalement différentes, possédant un cadre culturel ou historique particulier. Je suis fascinée par le contexte historique qui émane du côté d’Anne et Hanna, puisque je ne connaissais pas trop ces temps, et que j’ai beaucoup aimé découvrir les mœurs de l’époque. La montée de la pensée freudienne, la condition de la femme, la pression qui est exercée sur elle surtout pour avoir des enfants… incroyable ! Concernant Hanna, j’avais deviné ce qui lui arriverait, mais j’ai été transportée par sa manière de voir les choses et ses critiques sur l’Eglise, qui à l’époque serrait très fortement la vis et abordait ouvertement l’hérésie. Quant à Anny, j’ai pu voir le contexte du cinéma, de la pression médiatique, du manque de proximité ainsi que des dangers que les stars encourent avec tout ceci. Fascinant, vous dis-je !

Le lecteur évolue donc dans des univers incroyablement différents, dans lesquels il se retrouve cependant avec beaucoup de facilité, puisque les questionnements existentiels des trois femmes semblent se rejoindre. Anne est sans conteste celle qui était la plus en paix avec elle-même, bien qu’à son époque, avoir une pensée aussi libre soit difficile. L’auteur a vraiment réussi à créer un personnage élevé. Hanna, quant à elle, possède une certaine liberté, mais on sent qu’elle s’est enchainée et qu’elle se débat avec ses liens. C’est assez impressionnant aussi ! Enfin, Anny, qui est la plus perdue, la plus exacerbée, peut-être, est tellement ligotée qu’elle ne se retrouve que lorsqu’elle joue, et qu’elle incarne quelque chose.

Pour tout vous dire, je ne fais que parler des personnages, sauf qu’elles m’ont vraiment marquée. Même après une semaine, je peux tout à fait les invoquer dans mon esprit, et je pense que c’est une grande force de ce roman : les héroïnes, qui sont peut-être la même personne dans différents endroits et époques, mais qui possèdent plusieurs points communs, qui vont d’ailleurs les réunir de façon très intéressante. Chacune a un message à véhiculer, chacune peut plus ou moins nous toucher…

Des personnalités fortes, des réflexions sur les valeurs, sur la conduite à tenir, et ce dans différents styles ! Là, il ne faut pas se leurrer, la plume d’Eric-Emmanuel Schmitt y est pour beaucoup : il sait jongler entre plusieurs genres, impulser une douceur et une sérénité incroyables à son récit, malgré les moments terribles qui peuvent survenir ! Il m’a semblé qu’il savait tout exprimer avec justesse, même quand nous ne sommes pas d’accord avec l’une des trois. Les descriptions étaient aussi très belles, et je m’y suis cru plusieurs fois, vraiment !

Que dire de plus ? Les thèmes abordés sont réellement intéressants et recouvrent tellement de domaines que je ne peux les énumérer ici. On a tantôt l’impression d’évoluer dans une fable avec Anne, qui nous ramène pourtant à des sujets très réalistes et douloureux, ou attendrissants, par exemple, ou dans un récit si proche qu’on s’y croirait. Il y a une proximité qui rend tout plus fort, et nous concerne véritablement, malgré une narration soit épistolaire, soit d’un point de vue externe. Les interrogations de chacune sont poignantes et très justes. Qui ne se les serait pas déjà posées ?

Le seul point que je tiens à préciser, même s’il ne tient nullement en une déception ou un point négatif, c’est que le mystère persiste par rapport au lien véritable des trois femmes. C’est au lecteur de faire ses propres conclusions, et j’avoue que là aussi, c’est plutôt pas mal comme concept, puisque ce n’est pas une fin ouverte mais un non-dit que nous partageons tous plus ou moins !

Enfin bref, comme je tourne en rond, je vais conclure. Ma toute première lecture d’Eric-Emmanuel Schmitt est un vrai succès : je suis fascinée de ce que j’ai trouvé ! Les trois femmes qui nous sont présentées ont chacune des particularités et évoluent dans des univers royalement différents, bien qu’elles soient liées de façon assez déroutante. Les questionnements qu’elles présentent, dans des contextes qui n’ont rien à voir entre eux, résonnent et nous font vibrer à l’unisson avec elles, grâce à la plume stupéfiante de l’auteur, impulsant une douceur et une sérénité peu communes. Le roman se lit assez vite, surtout bien, et on en ressort apaisé, content d’avoir évolué auprès d’Anne, Hanna et Anny, qui ont leurs parcours, leurs souhaits, et qui malgré tout nous semblent très proches de bien des façons, avec des valeurs qui m’ont beaucoup plu !
Ce sera donc un 19/20 pour moi et j’espère pouvoir découvrir d’autres romans de cet auteur assez rapidement !

jeudi 18 août 2016

96, la sixième corde (Benjamin et Caroline Karo)

Tome 1

Certains matins, la vie vous laisse sacrément seul. Seul devant vos choix, avec vos doutes, face à l'avenir et, parfois pire, confrontés à votre histoire. Qu’avais-je décidé cette nuit-là ? Difficile de le dire…, mais je savais que j’avais une semaine pour évacuer douze années de mon passé, une semaine à vivre sans modération, une semaine pour préparer mon futur avec Emma. L’heure était venue de faire une valise, pleine de mes trois meilleurs amis, de Doliprane et de la bande originale du plus capital des road trips de ma vie.

Voici enfin ma chronique ! Ça fait plusieurs jours que mes pensées trainent sur ce livre pour que je puisse poser mon ressenti qui n’a pas été évident.

Le tome 1 de 96, la sixième corde nous parle d’Arnaud, qui va peut-être se marier avec Emma, sa chérie actuelle, et qui a décidé de faire le tour de ses ex pour tourner définitivement la page et pouvoir entamer le futur avec sérénité pour son couple. C’est une sorte de test pour les deux amoureux, et c’est Arnaud que nous suivons dans ses pérégrinations avec ses trois meilleurs amis, sur les routes de France, pour un road-trip peu commun.

Je vous annonce la couleur : j’ai eu du mal avec ce livre. Pourtant, l’auteur me l’avait bien vendu – comme une lecture fraîche, à lire sur un transat en été –, le résumé était plutôt intrigant et très vite, j’ai rencontré une plume maîtrisée, pleine de poésie mais aussi de jeux sur les mots qui m’a plu.

Là, nous entrons au cœur du problème qui se pose à chaque fois que je n’aime pas vraiment une lecture : le roman ne peut pas être foncièrement mauvais. Il possède des qualités qui le rendent sympathiques, et des éléments qui m’empêchent vraiment de l’apprécier. Je pense sincèrement que ce roman peut plaire, mais alors prenez garde. Vous comprendrez plus bas pourquoi.

Revenons à la plume : j’ai été étonnée de la trouver aussi fluide dans les descriptions, tout se ressentait de façon presque lyrique et pourtant, les auteurs savent rester très terre-à-terre. Il est difficile de savoir manier les mots pour en dire autant et pour élever son lecteur, j’en sais quelque chose. On a même droit à quelques passages musicaux qui peuvent rendre la lecture agréable ! Cela étant, le roman s’est aussi fait dans les dialogues le reflet de notre société et les échanges plus spontanés et parfois, pardonnez-moi, gras voire vulgaires, ont largement appesanti ma lecture.

Déjà, j’étais gênée et très vite, ça m’a lassée. Pourquoi ? Parce que l’ensemble du roman se veut reflet de cette société dans laquelle nous vivons et que je n’en avais pas besoin. Je sais que les hommes ne sont pas tous des chevaliers servants, mais plus d’une fois, j’ai levé les yeux au ciel en remarquant à quel point les femmes peuvent passer pour des Kleenex. On prend, on jette. Pas pour toutes, et pas pour tous les garçons de la bande, m’enfin, majoritairement, on admire et on cautionne le personnage qui arrive à attirer dans son lit toutes les filles qu’il désire, juste pour une nuit.

Je pense qu’on touche le nœud du problème : les valeurs, le comportement et le mode de pensée des personnages principaux. Arnaud n’est pas tout blanc ou tout noir : s’il peut avoir des réflexions qui élèvent le lecteur et parfois tendent d’élever toute l’histoire, j’ai eu la sincère impression de replonger dans des abysses indésirables. À certains moments, son comportement m’a énervée. Ceux qui auront lu comprendront si je dis que même s’il sait que le feu brûle, il n’hésitera pourtant pas à mettre la main sur le feu pour le vérifier. Je sais, c’est la logique humaine… du moins, en partie.

Tous les personnages m’ont agacée à un moment ou à un autre, bien qu’ils soient foncièrement réalistes et que leur comportement le soit lui aussi. Oui, sauf que voilà, je lis pour rêver, pas pour retrouver ce que je peux trouver dans le bar du centre-ville. Pour moi, c’est vraiment ça qui m’a gênée : je n’ai pas rêvé et j’ai lu ce roman avec lassitude, lourdeur. Tout est dans l’excès, dans l’individualisme – ou presque (après tout, ils sont quatre, envers et contre tout) –, et ce voyage pour voir des ex sans même leur donner parfois une explication censée à tout ceci, franchement…

Ah ! Et je ne vous parle pas de la fin ! Alors là, c’était le bouquet ! Après la révélation d’Emma qui, elle, m’a fait sourire parce que c’était très bien placé et bien raisonné, je suis arrivée en bout de course, réalisant une nouvelle fois que c’était un tome 1 (j’avais momentanément oublié ce fait) et que franchement, j’avais fait tout ce chemin pour ça. Ça, même. J’étais là « quoi ? Non, mais sérieusement ? C’est une blague ! ». Autant vous dire tout de suite que je ne songe pas à lire la suite. S’il y a des points intéressants, il y en a d’autres qui contrebalancent trop la chose pour que je m’aventure plus loin.

Ce premier tome est donc un roman de contrastes, pour partir dans un passé parfois douloureux auprès d’ex copines (dont on connaît aussi certains détails intimes, alors que les descriptions caractérielles étaient plutôt justes voire franchement sympathiques avant ceci), en compagnie d’une bande de loustics peu recommandables (mais qui savent aussi avoir leurs qualités, bien qu’ils se conduisent pour certains en connards – mile excuses – finis avec les femmes), et surtout d’un personnage principal qui sait élever ses intentions, son voyage, avant de replonger dans des méandres dans lesquels nous n’avons pas envie de l’accompagner (c’est un fait, je me serais bien passée de certaines divagations).

En conclusion, je dirai que ce roman avait beaucoup pour attirer, sûrement beaucoup pour plaire, mais que concernant les personnages et surtout les valeurs qu’ils prônent au cours du voyage, il y a eu fossé et même conflit interne avec la lectrice que je suis. Je suis contre les excès, contre la considération des femmes comme des objets (des Kleenex, en l’occurrence) et certains caractères n’ont tout simplement pas collé avec moi. Je ne cautionne pas… oui à Arnaud qui veut devenir un homme meilleur pour Emma, non à ce même Arnaud qui va chauffer une de ses ex juste pour savoir s’il sait résister à l’attirance charnelle, crotte ! Je voulais lire un truc frais, et j’ai lu un roman avec un humour trop gras pour moi, qui représente un reflet de notre société qui ne m’a pas fait rêver alors que c’est ce que je recherche dans mes lectures. Ce bouquin n’était pas pour moi !
Ce sera donc un 12/20 pour moi et je remercie malgré tout les deux auteurs pour ce partenariat.

PS : encore une fois, cet avis n'engage que moi, je suis persuadée que d'autres apprécieront à fond ce roman, ça n'a juste pas été mon cas !

samedi 13 août 2016

Le Fil des souvenirs (Victoria Hislop)

Thessalonique, 1917. Le jour de la naissance de Dimitris Komninos, un terrible incendie ravage la cité, ou chrétiens, juifs et musulmans vivaient jusque-là en harmonie.
Cinq ans plus tard, à Smyrne, la petite Katerina est arrachée à sa mère en fuyant l'invasion turque et embarque seule sur le bateau qui la mène vers une destination inconnue.
Dès lors, les destins de Dimitri et Katerina vont être liés à jamais, tandis que les guerres, les révolutions et la haine déchirent les habitants de leur ville, Thessalonique...

De quels trésors et secrets du passé sont-ils les gardiens ? Comment les transmettre avant qu'il ne soit trop tard ? Katerina et Dimitri vont devoir trouver la force de dérouler le fil des souvenirs...

Et si je vous parlais d’un livre qui m’a réellement percutée et qui représente un petit coup de cœur ?

Le fil des souvenirs nous emmène à la rencontre de la ville de Thessalonique, en Grèce, à partir du début du 20ème siècle. Au travers du parcours de Dimitris et Katerina, le lecteur est invité à redécouvrir toutes les épreuves que la ville a endurées. Les deux héros, expliquant leur passé à leur petit-fils, vont rouvrir ce long pan de leur passé, plein de douleurs, d’espoirs mal cachés et de lumière qui tarde à arriver.

Franchement, quand j’ai trouvé ce roman à la brocante de ma kermesse, je ne pensais pas du tout autant apprécier. Pourtant, dès les premières lignes, j’ai su que cette histoire allait me plaire. La Grèce est une terre qui me fascine et m’attire étrangement. Je rêve de la visiter, et Thessalonique en particulier. Bien plus encore maintenant que j’ai lu ce roman !

Le fil des souvenirs est un roman à la fois très doux et très dur. Très doux, parce que Victoria Hislop nous le livre avec beaucoup de simplicité, de sincérité et de compassion pour les évènements qui surviennent. Il est assez étrange de ressentir tout ceci avec une narration externe, et pourtant, c’est bien ce qui m’a plusieurs fois traversé l’esprit. J’avais réellement l’impression de me retrouver aux côtés des différents personnages qui jalonnent le récit, tous attachants ou au contraire profondément antipathiques.

En parlant de personnages, je pense que je peux facilement aborder les deux héros : Katerina et Dimitris. Je les ai trouvés tous deux très forts, très beaux dans leurs valeurs et dans le parcours qu’ils ont chacun eu. Leur amour éclot tardivement, et pourtant, dès le départ, on sait. On les suit depuis l’enfance, et on les voit évoluer, doucement, puis plus franchement. Ils m’ont profondément touchée, chacun à leur façon.
Autour d’eux gravitent de nombreux personnages secondaires, à commencer par les Moreno, Eugenia, Olga ou le père de Dimitris, par exemple. Chacun prend une place importante, exactement comme une mosaïque familiale, comme un véritable entourage. Le fil des souvenirs est exactement comme une pelote de laine : il s’y passe tellement de choses, avec tant de gens, qu’il est impossible de tout résumer si facilement.

De même, les nombreux coups que reçoit la ville de Thessalonique sont trop nombreux pour être énumérés ici. Je parlerai simplement de la Deuxième Guerre Mondiale et du déplacement en masse des Juifs en Pologne. J’en reviens, de la Pologne, et j’ai vu Auschwitz. Je ne pensais pas que lire un roman qui en parlerait simplement me percuterait tant. Ni que le reste provoquerait tant d’émotions en moi ! Chaque page a été un pur délice, un pur voyage, même si c’était dur, même si on ne rêve avec Katerina et Dimitris que de paix et de repos.

Victoria Hislop m’a profondément chamboulée, avec son livre. Je le reprenais avec plaisir, découvrant toujours plus de cette Histoire dont on entend si peu parler. Oui, les personnages et leur existence sont fictifs, oui il y a plein de trucs fictifs dans ce roman, il n’empêche qu’il est basé sur des faits réels, et que l’ambiance dans chaque transition, dans chaque nouvelle étape de la ville est profondément réaliste. La tension lorsque le rationnement est de mise, l’incompréhension lorsqu’on déplace les masses, le rêve de paix lorsque les gouvernements se succèdent avec violence… tout se mêle. Le quotidien aux luttes politiques plus éloignées !

La plume de l’auteur est, comme je vous l’ai indiqué plus haut, très douce, très fluide et très naturelle. Elle déroule vraiment le fil de l’histoire, le fil des souvenirs, avec ses personnages. Et on suit ça comme si nous étions dans une barque sans remous, nullement épargnés cependant par le spectacle qui nous est offert. Victoria Hislop nous embarque, et nous partage aussi de belles valeurs : l’amour des siens, la tolérance, le respect de la culture, de la liberté de pensée, mais aussi l’espoir que les choses peuvent s’arranger. Ses personnages sont loin d’être parfaits, et possèdent leurs failles… il n’en reste pas moins que chacun nous marque et nous parle de quelque chose.

En conclusion, Le fil des souvenirs est un petit coup de cœur pour moi. J’ai découvert un pan de l’Histoire que je ne connaissais nullement, en suivant Katerina et Dimitris, entourés d’une foule de personnages importants eux aussi. Chacun m’aura marqué à sa manière, et j’aurai littéralement voyagé pendant ma lecture, ne désirant plus lâcher le livre dans la dernière partie. Les épreuves ne nous laissent pas indemnes, et pourtant, nous en redemandons ! La plume est pleine de douceur, les valeurs sont belles et portées par des personnages forts, et imparfaits : très humains, en somme.
Ce sera donc un 19/20 pour moi et je vous le recommande vraiment !